Terada Torahiko

— Terada Torahiko. L'esprit du haïku. 1935

Tout ce qui, nous faisant oublier les contraintes de la vie quotidienne, remet notre esprit en liberté et nous donne la chance, pendant cet intervalle, de goûter un de ces nécessaires moments de retour sur soi, constitue une expérience du fûryû, de même que la distance de soi avec soi qui nous apprend à limiter nos désirs sans fin et à trouver notre paix intérieure en sachant nous satisfaire de ce qui est, tel qu’il est, représente, me semble-t-il, la substantifique moelle du sabi.
À partir de ces considérations, je dirais donc que l’apprentissage du haïku n’est ni une fuite, empreinte de décadence, dans cette forme d’abandon qui représente une conception de la vie qui fait tout revenir à l’immanence des choses, ni un exercice de philosophie passive dont l’autre nom serait la résignation, ni non plus une mise en scène pleine de complaisance de soi. Bien loin de cela, il n’est pas impossible de penser que cet apprentissage a aussi pour effet d’exercer l’acuité de l’oeil de notre esprit à faire en sorte que nous veillions à maintenir sa liberté que le pauvre petit moi qui est en nous risquerait bien de nous faire perdre.

Terada Torahiko. L’esprit du haïku. 1935