Manifeste Incertain / 3

681829-nouvelle-imageLe troisième tome du Manifeste Incertain de Frédéric Pajak est toujours hanté par la figure de Walter Benjamin, qu’il accompagne ici jusqu’au bout de son voyage : son suicide un matin de septembre 1940 au poste frontière de Port Bou.

Plonger dans le Manifeste incertain est une expérience de lecture haletante et singulière. Double lecture en vérité de ces pages presque toutes dessinées autant qu’écrites. Puissance et précision des dessins à la plume, textes courant leur chemin au dessous des images, tracent deux parcours parallèles, démultiplient l’expérience. Le rythme de la lecture est d’abord rapide, on est tenté de voler d’un dessin à l’autre, l’érudition du texte retient, l’image entraîne, la profondeur du récit aspire. Le chemin des images et celui des mots s’entrelacent, le voyage du dessinateur est annoncé par par celui de l’écrivain, cependant il ne s’agit pas ici d’illustration mais bien d’écriture. Les images de Pajak participent de l’inscription, elles s’engouffrent dans la voie ouverte par les mots, elles posent des jalons sur le chemin de la mémoire.

« Benjamin l’a remarqué : « Rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’Histoire. » Mais l’Histoire ne consiste pas en une succession d’évènements. Il ne s’agit pas de savoir comment les choses se sont réellement passées. Il s’agit de réveiller les morts, tous les morts, sans exception. Il faut entendre la voix de ceux qu’on a fait taire, la voix des misérables, des anonymes, des exclus de l’Histoire officielle. Seules ces voix retrouvées donneront une réalité au présent. Elles en sont le garant invisible et muet ». 

Manifeste Incertain / 3 – Les éditions Noir sur blanc

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Sylvaine Dampierre

Cinéaste, auteur et Haïjin sans prétention.