Catégorie : Sur le haïku

Roland Barthes

(…) d’un côté il est évident que le haïku n’est pas un acte d’écriture à la Proust, c’est à dire destiné à « retrouver » le Temps (perdu) ensuite et après coup (…) par l’action souveraine de la mémoire involontaire. Dans le haïku, il s’agit au contraire de trouver (et non pas de retrouver) le Temps tout de suiteSuite

Roland Barthes

C’est une sorte de sonnerie, dessin de cloche très bref, unique et cristallin qui dit : je viens d’être touché par quelque chose. Voilà ce que ça veut dire, le haïku. 

Et d’un autre côté (qui est l’autre côté de la contradiction) : cet instant pur, c’est à dire sans compromission, qui semble ne se compromettre dans aucune Suite

Roland Barthes

On dit par exemple que pour les japonais, (…) ça n’est pas, à proprement parler, la fleur de cerisier qui est belle; c’est le moment où, parfaitement belle et épanouie, elle va faner. Donc la beauté est dans la perception, je dirai presque sensuelle d’un futur imminent. Et tout ceci dit combien le haïku est une action (un acte d’écriture, Suite

Sôseki Natsume

Quand on malaxe de la farine pour pétrir de la pâte, elle est au départ trop fine et les baguettes ne rencontrent aucune résistance à leur mouvement ; mais si l’on est patient, elle prend peu à peu de la consistance, et la main qui pétrit s’alourdit. Si l’on continue à malaxer, il arrive un moment où l’on ne peut

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Philippe Forest

Si il y a une universalité de la condition humaine et, accessoirement, de l’expérience littéraire, (…) cette universalité tient à ce qu’un même vertige, où se défait toute identité, toujours et partout, saisit la conscience devant l’impossible si bien que, quels que soient les mots infidèles à l’aide desquels celle-ci s’exprime, la vérité n’a jamais d’autre visage que celui de

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Yves Bonnefoy

Ah ! Combien nous faudrait-il abandonner de ce que nous sommes, quelles couleurs, quel trait qui vibre autrement, quels épanchements de clarté sur la noirceur du rêve dans l’existence éveillée, pour traduire le haïku, le traduire vraiment, non seulement dans notre pensée mais dans nos vies? Ce pourra être tout l’avenir. Ce ne sera pas, toutefois, sans d’ultimes sursauts, sans

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Kamo-no-chomei

Le cours du fleuve qui va jamais ne cesse et pourtant ce n’est pas la même eau qui revient. L’écume qui flotte sur les eaux stagnantes, ou bien elle se dissipe ou bien elle s’amasse, mais il n’est pas d’exemple qu’elle soit longtemps arrêtée. Il en advient de même des hommes et des demeures qui sont en ce monde

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Roland Barthes

Le sens n’est qu’un flash, une griffure de lumière; mais le flash du haïku n’éclaire, ne révèle rien : il est celui d’une photographie que l’on prendrait soigneusement (à la japonaise), mais en ayant omis de charger l’appareil de sa pellicule.

Roland Barthes – l’empire de signes… Suite

Maurice Coyaud

(…) le haïku tire sa dynamique du vide. Telle est la vertu de son “insignifiance” : elle lui confère une sorte d’apesanteur qui lui permet de se déployer sans entrave dans toutes les directions, d’accueillir tous les sens possibles. La poésie qui l’anime est celle du moins dire : perpétuellement tendue vers ce “degré zéro” où se situe son achèvement 

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Maurice Coyaud

Certes avons-nous de quoi être déroutés par cette poésie qui occupe si peu de place et qui occupe si légèrement sa place, nous autres occidentaux si anxieux d’exploiter le champ complet du discours et des discours, toujours prêts à expliciter nos paroles par d’autres paroles, à arpenter la moindre parcelle de signification, à accaparer systématiquement le terrain.
(Maurice Coyaud –

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Olivier Adam

Au fond il s’agit moins de décrire que de ressentir. L’écriture, nue à l’extrême, se dépouille de tout ce qui encombre pour se faire sismographe du moindre tressaillement. A fleur de peau, les yeux les oreilles grand ouverts, il y a, là aussi leçon d’écriture : il faut rester à la surface, s’en tenir à l’épiderme, ne pas s’embourber dans

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Roland Barthes

Comme une boucle gracieuse, le Haïku s’enroule sur lui-même, dans le sillage du signe qui semble avoir été tracé, s’efface : rien n’a été acquis, la pierre du mot a été jetée pour rien : ni vagues ni coulées du sens.
(Roland Barthes – L’empire des signes)

Roland Barthes. L’empire des signes.… Suite

Roland Barthes

Le Haïku nous fait souvenir de ce qui ne nous est jamais arrivé. En lui nous reconnaissons une répétition sans origine, un évènement sans cause, une mémoire sans personne, une parole sans amarres. Ce que je dis ici du Haïku je pourrais le dire aussi de tout ce qui advient lorsqu’on voyage dans ce pays que l’on appelle le Japon.

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Bashô

Il nous faut certes établir notre esprit dans le domaine de la vraie compréhension, mais de là ne pas manquer de retourner à l’expérience immédiate pour y trouver la vérité de la réalité. Quoi que nous soyons en train de faire à un moment donné, nous ne devons pas perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation

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Bashô

Les jours et les mois s’égrènent, passants fugaces. Les années qui surviennent et s’en vont voyagent elles aussi. Notre vie même est un voyage, quant à ceux qui la passent à naviguer, ou ceux dont les cheveux blanchissent à mener leur attelage, la route n’est-elle pas leur véritable demeure?

(Bashô – Le chemin étroit vers les contrées du Nord.)

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Sosêki Natsume

Le poète a le devoir de disséquer lui-même son propre cadavre et de rendre public les résultats de sa propre autopsie. Il y a pour cela divers moyens. Mais le plus simple est de résumer en dix sept syllabes tout ce qu’on trouve à portée de sa main. Les dix sept syllabes constituent la structure poétique la plus commode à

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Yves Bonnefoy

La langue, oui, – mais aussi ce silence qui la troue, l’amincit, filigrane clair, la dissipe presque dans sa lumière.
(Yves Bonnefoy) 

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Philippe Forest

Le Haïku n’est l’expression d’aucune sagesse, juste une incision très légère faite dans la trame du temps, la césure nette et infime par où se laisse apercevoir la vrille d’un vertige ouvrant sur nulle part, précipitant le passage du présent puis le suspendant sur la pointe insignifiante d’un seul instant.
(Philippe Forest)

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Yves Bonnefoy

Le Haiku n’a pas d’ombres portées, les choses y étincellent, les nocturnes comme les diurnes, à la façon dont le trait, dans un lavis de l’époque, traverse le contour même qu’il trace, ressort de l’autre côté de la forme dans le vide, en fait jaillir dans l’image une lumière sans source qui y consume le lieu, même si celui-ci a

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